Voyages

Voyages
Oubliées, les marées, qui comme des perles roulent et vont, et viennent entre deux rayons de lune
Les vents qui lèvent les voiles de toile, et qui observent dans leur langueur violente se soulever des brins d'amour empilés
Les mains refermées qui enserrent les volutes de sable dans l'abysse d'une passion éphémère
L'image floue et tamisée d'un instant ; des visages lisses et impénétrables posés sur le socle d'une époque lointaine
Les regards larmoyants des sirènes aux cheveux d'or et aux chaussures cirées qui dormaient sur le linceul d'un cerisier
Le brouillard dissipé qu'aimait à torpiller les cris frappants de souffrances anonymes, et d'orgasmes lointains
Le brin d'herbe, le romarin qui entassait l'amour en cadence, entre l'haleine passionnée de deux respirations
Les couleurs amoureuses des arcs-en-ciel ivres de chaleur, les douceurs exquises de marine et de pourpre dès l'aurore
La tendresse de velours et le silence qui tamise un après-midi ensoleillé, à l'ombre soyeuse d'un mur de papier peint à fleurs pannées
La passion d'une étreinte immortelle sous la glace dévorante au dôme d'un ourlet d'écume fiévreuse, et d'un Océan fougueux
Les caresses et les plis de vêtements qui cachent en leur sein l'ardeur d'une musique effrennée
Le rêve d'un carrousel russe illuminé d'étoffes ardemment colorées, tournant sous la flamme d'une symphonie de Tchaïkovski
Le baiser étoilé bercé par la brise fraîche d'une nuit de février, les âmes trempant à peine dans le chant de la mer qui lèche la rive endormie
L'odeur d'un jardin naguère humide de rosée, dont folâtre et solitaire, la nature aimait à danser dans le dos des hommes
La voix grave et chaude d'un saxophoniste au sourire impérissable, accroupi et isolé au coin d'une rue nocturne illuminée par une lune orangée
La ronde bercée par des voix espiègles et des chansons aux cadences jamais désapprises ; des rires cristallins
Le plaisir défendu d'un doigt trempé dans une sauce onctueuse, embaumant l'air d'un voile de chocolat bouillonnant
La main qui serre ma main, qui unit mes peines, mes joies, mon être, dans une fleurette, un badinage, une passion éternelle.
Loin derrière, saisis par le Présent, comme un livre à jamais achevé

# Enviado em Sexta 01 Maio 2009 14:44

Modificado em Terça 05 Maio 2009 19:35

Ode à une absente

__ << Peiné par le baume mielleux qui caresse l'air, je soupire. Blessé par le bruit métallique de chaque seconde qui s'abat, je soupire à nouveau. Le morceau de sucre que je viens de croquer ne fond pas, il reste coincé dans ma gorge. Mes membres sont inertes, mes pieds se croisent avec suspicion et ma tête fait pencher mon dos en avant. Elle semble lourde. Et mes yeux regardent au loin. Loin par delà les murs, par delà la clôture, par delà la mer qui s'endort doucement, par delà l'Univers.

__Et elle me regarde aussi. Par delà l'Univers, par delà la mer qui s'endort, par delà la clôture, par delà les murs. Jamais je n'ai été aussi ébranlé d'être une masse sur cette chaise, lorsque mes pensées peuvent voler aussi loin. Cela me paraît inexpliquable, presque burlesque, comme si en un instant, toutes les oppositions du monde s'étaient confondues en un seul royaume. Dans lequel je me perds. J'entends sa voix résonner dans l'abîme que forment les murs cireux entre lesquels je suis enfermé. Ils semblent se courber plus à chaque coup de couteau de l'horloge. La pièce devient ronde, oppressante, mais si libérée. Toute mon âme est tournée vers elle.

__Sa voix. Sa voix. Si je dénigre les comparaisons hyperboliques, les métaphores substituts de clichés, je ne mentirai pas en affirmant que la sienne a les intonations des chanteuses blanches habillées de vapeur que l'on croise quelquefois dans nos rêves. Lorsque nos membres ont perdu toute leur matérialité, et que le cosmos nous entraîne dans un tourbillon irréel. C'est la même. La même douceur, la même aura mystique, les mêmes accents qui perpétuent l'origine de son sang, l'origine de sa chaleur. Chaque mot prononcé avait l'élégance d'un monarque étincelant en sortant de sa bouche, même lorsque ses phrases étaient pleines de grossièretés et d'obscénités. Ni trop grave, ni trop aigue, un fluide flot de sagesse dégoulinait à chaque fois qu'elle posait sur nos joues un mot tendre. Je m'en souviens comme si c'était la mienne, de sa voix. Je sens encore la caresse voluptueuse des ondes qui battait tendrement à mes tympans lorsqu'elle causait.
__Aujourd'hui la maison est silencieuse. L'oiseau s'est tu. La poussière envahit mes oreilles, lentement. Que ne suis-je devenu sourd?

__Le soir, elle portait son linge blanc, qui partait en lambeaux. Pourtant, elle avait l'air d'une reine, vêtie ainsi. Sa seule marque de richesse était son sourire. Jamais très précis, jamais très symétrique. Mais lorsque sa bouche s'entrouvrait pour laisser échapper le souffle d'une seconde de bonheur, ses dents auraient pu étinceler comme des diamants, et ses lèvres charnues s'étirant auraient pu être des boutons de rose. Son sourire était le baume de tous les maux, et comme il était si difficile de lui en arracher un, qu'est-ce qu'il était précieux. Le plus beau trésor du monde. Aujourd'hui enfoui comme tous les autres trésors. Dans des endroits que les Hommes ne connaissent pas.

__Elle n'était pas mince, puisque tout son être était gonflé d'amour et de spontanéité. Ses yeux savaient prononcer des mots d'amour cent fois mieux que des lèvres qui avaient traversé des siècles de vie. Et elle m'aimait. Et je l'aimais. Lorsque je dormais au creux de son sein, je sentais mon coeur qui s'en allait contre le sien, comme attiré par un aimant. Je sentais les tambourins dans ma poitrine jouer une mélodie, qui se complétait avec les battements de la sienne. Un joli petit boeuf, dans lequel notre affection mutuelle se confondait en cadence. Peut-être aujourd'hui sentir ses pas maladroits dans ceux de celle qui m'eût tout donné, m'aurait-il rendu un sourire plus sincère. >>





__Peut-être les fleurs lui sembleraient-elles plus jolies, peut-être n'aurait-il pas eu à être aussi ingelligent, peut-être l'insouciande aurait-elle fait de son être quelque chose de mieux, peut-être aurait-il su plus de chose. Peut-être que les coeurs lui auraient-ils paru moins durs, moins asséchés. Peut-être vivrait-il aujourd'hui avec plus de passion, plus de convictions. Que fais un pantin sans ses ficelles? Que fait un piano sans son musicien? Et à qui joue-t-il ses mélodies caressantes lorsque la seule personne à qui il aimait s'offrir corps et âme disparaissait comme une brise se brise en instant sur les murs gelés?

__Que tant de caresses se sont perdues dans le néant, que tant de joies, d'aventures se sont clôturées avec l'anéantissement du recueil chaud et aimant qui en portait la croix dans sa chair, quand celle-ci se consume, pourrit aujourd'hui? Que dût-il en penser, faire? Regarder le temps s'imbiber de ses souvenirs, et le voir disparaître derrière lui sans qu'il puisse se retourner pour le regarder s'enfuir, il en fut habitué depuis sa naissance, à l'équivalent de tous les hommes.
Mais voir le symbole de ces souvenirs vivre à ses côtés, toutes ces incarnations de joies ou de peines, chapitres inpromptus du roman de sa vie inachevée, ce fut conventionnellement comme le miel de son lait, qui le rendait savoureux, chaud, qu'on aime à boire encore et toujours.

__Et Elle représentait un de ces plus beaux symboles. Par quelques bribes de mots, d'odeurs, ou comme ça lorsque son coeur battait à la recherche d'un bout qui lui manquait, son esprit montait les marches d'une terrasse céleste, et il se retrouvait dans un espace neutre, debout sur une dalle de marbre blanc, La regardant s'épanouir à tous les âges qu'il lui avait connus, derrière une brume qui marquait la séparation entre le tout et le rien, le plein et le néant. Une barrière infranchissable.
__Et un symbole qui disparait, c'est comme un mot qui perd son sens.

__Comment quelqu'un d'autre peut-il comprendre un livre qu'il n'a jamais lu? Comment peut-il comprendre à quel point c'est déchirant de perdre un volume essentiel de sa bibliothèque vitale si lui en possède encore tous les ouvrages? Chaque jour ses jupons ternissent, leur odeur s'en va avec le temps qui les emporte, aujourd'hui il ne ressemble plus qu'à un tas de chiffons, dénué de la chaleur qu'avait transporté la personne qui lui eut tout offert autrefois. Comme c'est douloureux de voir une coquille vide.

__Il lui est inconcevable que l'image, la genèse de tout cet amour, tous ces sentiments, toutes ces histoires, toutes ces arabesques, soit aujourd'hui qu'un reste matériel de pourriture sans vie, poussière parmi poussière, qu'Elle, qui était grande pour lui, soit paradoxalement devenu qu'une brise d'un jour à l'autre. Néant. Rien qu'une mémoire. Les gens disent que voir loin, c'est voir dans le passé. Et que pour comprendre le Présent, il faut connaître le Passé. Les minutes passent.. Il regarde par la fenêtre, et sourit de nostalgie. Elle est toujours là finalement, puisqu'il ne l'a pas oublié. Oublier, c'est la chose dont il a le plus peur. Comment supporter l'idée que tout son passé, toute sa mémoire se fut volatilisée, en plein milieu du récit? Ce serait comme déchirer des pages. L'écrivain ne peut achever le récit, si celui-ci perd son commencement. Ca n'aurait plus aucun sens.

__Il a de la chance finalement. Son regard s'éclaire, il descend de la voûte céleste qui l'approchait d'Elle. Elle n'est plus rien, certes. Et il se dit que finalement l'être humain a depuis toujours su concevoir un de ses plus grands rêves, sans le savoir : perpétuer la vie, créer l'immortalité. Le Passé et l'Histoire resteront toujours vivants tant que leurs traces, leurs effluves couleront toujours dans la mémoire de quelqu'un.


Sacrés souvenirs.

# Enviado em Segunda 23 Março 2009 18:48

Modificado em Domingo 29 Março 2009 10:56

Dépendante

__L'inquiétude qui ronronnait, perchée dans une position inconfortable à l'intérieur de mon gosier, s'est révélée être un accablement inutile car, cachée dans les clartés brumeuses des nuages, mon amie veille sur moi. Sa voix, ses bras, m'offriront à jamais des secousses venues des profondeurs de ses entrailles pour me rendre mes esprits, son épaule sera toujours consistante à mes pleurs et seuls ses doigts seront à jamais en mesure d'assécher mes larmes. Cette amie, la solitude, ma solitude, n'a pas oublié les souvenirs affriolants, ornés de dentelles et de fleurs aux couleurs exagérément vives, elle n'a pas oublié l'étoile qui permettait à mon système astronomique de fonctionner, elle n'a jamais désappri.
__Dans la froideur de l'hiver, les branches décharnées et sombres ploient comme les mains vieilles et malades des années perdues qui se tendent en cherchant un secours, les routes sont salies, et la poussière d'or oublie des masses sinistres lorsque je la fais couler entre mes doigts. Oubliés, délaissés, les rameaux et les brins penchants reposent taciturnement sous le froid incandescent des vents marins, guettant peut-être un réveil incertain qui leur rendra leurs couleurs. Le hameau de paix qu'incarnait le ciel en lui même, sous le dictat des saisons, tourne son amour dos aux landes surannées, tout n'est qu'un cimetière éphémère où gisent les tombeaux de milles émotions perdues.

"La forêt ici manque et là s'est agrandie.
De tout ce qui fut nous presque rien n'est vivant ;
Et, comme un tas de cendre éteinte et refroidie,
L'amas des souvenirs se disperse à tout vent !"

__Et la terre qui me semblait sereine, ces portes de bois que le temps n'a pas altérées, n'ont-elles pas exclamé une interrogation sourde et morte lorsque mon sein à la lumière de ces ombres a laissé éclater toute sa fièvre?
Les pierres autrefois rosies de plaisir me semblent plus dures et plus fade, même malgré l'hiver qui les caresse; leur couleur vive et brûlante, celle de la robe d'une petite fille noyant dans une mer de tulipes, s'est ternie, des rides même se creusent dans leur chair morte et monotone. Si autrefois la voir me rappelait l'image d'une petite fille à peine sortie du berceau, aujourd'hui il me semble qu'elle porte le visage d'une dame aigrie par les années, mais bienveillante au fond, le baume de son corps est toujours réconfortant, et ses caresses réchauffent toujours bien plus qu'un feu de titans.

" Nous vous comprenions tant ! doux, attentifs, austères,
Tous nos échos s'ouvraient si bien à votre voix !
Et nous prêtions si bien, sans troubler vos mystères,
L'oreille aux mots profonds que vous dites parfois ! "

__Mes jambes me semblent bien maladroites et trop grandes lorsque les rochers ont défilé sous mes pieds. Courant au delà des côtes, au plus loin que la terre s'enfonçait dans la mer, au plus bas des falaises, l'écume parait bien plus proche et bien plus compatissante lorsque les vagues foudroient la roche avec violence en face de nos visages. Ce point de vue est moins hypocrite que tous les autres.
Regardant les dernières lueurs orangées s'éclipser derrière les derniers clignements de paupière de l'horizon, une chanson s'élève des bois, qui se disent certainement Bonne nuit, même si leurs murmures tendres sont recouverts des vives flûtes que les oiseaux jouent de leur bec à la tombée du soir.
La mer connaît des mots et des chansons, dont les paroles se déversent en même temps que les remous de l'eau, les vagues qui s'élèvent et qui s'écrasent avec intempérance sur la côte ne sont que les élans d'inspiration passionnée d'un poète dont la créativité ne lasse pas au fil du temps.

" Mais toi, rien ne t'efface, amour ! toi qui nous charmes,
Toi qui, torche ou flambeau, luis dans notre brouillard !
Tu nous tiens par la joie, et surtout par les larmes.
Jeune homme on te maudit, on t'adore vieillard. "

__La nuit peut être noire d'encre, et répandre son obscurité sur nos âmes, mon esprit resterait clair et vierge de toute noirceur; un soleil éclaire mes jours, tout comme une lanterne éclaire mes nuits.
Plongés dans l'abîme, le recueil de cent mille pages déchirées refleurissent sous le vers lumineux d'une émotion plus forte que toute la poésie du monde réunie. Dans le son torve d'une langueur océane, une vague, tout près, embellit le tableau usé. Dans la terre foulée par des années de pas, repose ceux du coeur qui refleurira toutes ces terres.

" On doute
La nuit...
J'écoute : -
Tout fuit,
Tout passe
L'espace
Efface
Le bruit. "

[Victor Hugo, Les rayons et les ombres, les Orientales]
Dépendante

# Enviado em Sábado 28 Fevereiro 2009 07:08

Modificado em Segunda 02 Março 2009 19:39

(un aurevoir n'est pas un adieu)

" __C'est dans une expiration orageuse que s'animent toutes les moeurs en dansant, toute la haine qui se lève et tous les cris noyés. L'encens exalte la couleur grise des débris de ce qu'il reste aujourd'hui, il les entraîne dans les arabesques infinies de sa fumée exubérante, il les caresse de ses volutes endiablées, leur offrant sa poussière, son odeur envoûtante et son symbole de chute immuable.
__Les mots s'entortillent dans le lière qui enserre le trouble, qui, s'accroissant dans l'ombre des espoirs somptueux, attarde le sommeil des enfants. Ils s'enfilent comme des perles, s'enchaînent comme des maillons et au final, le collier ou la chaîne n'est devenue que la corde qui servira à notre pendaison.
__Grandiose est la macabre chanson que l'on chante les jours de grand soleil, de pluie, de tempête et de neige, lorsque la télévision annonce les victoires opulentes des combats économiques. Le temps qu'il fera demain se recueille sur sa soumission, puisque c'est la météo qui la fait, tout comme il n'y a plus de moeurs, puisque c'est la télé qui les dicte de sa voix électronique.
__L'authenticité s'efface de nos esprits corrompus, les grands ont peur de leurs petits, tandis que les petits ont peur de ce que sont devenus les grands, le trouble s'installe dans son fauteuil de velours rouge, et dans les cadences cardiaques de la Nature qui se meurt sur son lit blanc d'hopital, on sent le vent qui s'emplit de la respiration charmante des usines.
__Les mots ont tous atteint le paroxysme de leur sens - une barrière écoeurante - mais aucun n'est toujours en mesure de décrire ce que je veux entendre. "

# Enviado em Sexta 16 Janeiro 2009 17:54

J'ai trouvé ce que je cherchais

Les étoiles s'éteignent trop vite, et les constellations sont comme les maillons manquants de la chaîne du criminel qui, libéré, s'en ira ravager le monde pour toujours. Il est temps de rallumer celles qui m'éclairent.
Ce que vous êtes est un fait, ce que je suis est une suggestion.

Au revoir.

Personne n'a compris, dommage que personne n'ait pensé à surligner mes textes :p
J'ai trouvé ce que je cherchais

# Enviado em Quarta 10 Dezembro 2008 14:43

Modificado em Quinta 11 Dezembro 2008 13:00